Compte-rendu de l’émission :
Jean Rosen souligne que les manufactures de Nevers ont produit des choses extraordinaires et ordinaires donc d’un grand intérêt. Ce grand intérêt des faïences a été souligné lors du Congrès de Saint-Denis en 1985 : en effet, jusqu’à cette date, les couches supérieures des chantiers de fouille passaient à la poubelle mais depuis 1985, un effort a été fait dans l’exploitation archéologique de ces couches plus récentes.
Une complémentarité intéressante :
- L’étude de cette céramique bien particulière, reflet très précieux pour l’archéologue
- L’étude de tous les aspects, en particulier comment les images voyagent.
Le goût de cette étude est apparu très jeune chez Jean Rosen, à 16 ans et ne l’a pas quitté jusqu’à maintenant qu’il est proche de la retraite. Il se définit lui-même comme un historien improbable mais il en est très content car cette position lui donne beaucoup de libertés.Ce qui l’aiguillonne c’est de comprendre la complexité extraordinaire de ces niches. Les recherches vont utiliser les archives, l’archéologie, les analyses en laboratoire (archéométrie) et la connaissance des collections privées pour couvrir un panorama intéressant.
Une notation particulière pour l’archéométrie par fluorescence X : hommage est rendu par Jean Rosen à Maurice Picon, du laboratoire de Céramologie du CNRS de Lyon. Cette analyse élémentaire des argiles et des pâtes permet l’attribution non à l’œil mais à la machine, ce qui a permis de revisiter des traditions d’origine par exemple les collectionneurs de faïence de La Rochelle ou du Croisic ont été obligés de constater que ces faïences provenaient de Nevers.
Une autre légende que J.Rosen tient à rectifier concerne Bernard Palissy qui n’est pas l’inventeur de la faïence qui est apparue en réalité vers 800 en Irak et qui est arrivée en France au 13e siècle. Bernard Palissy ne faisait donc pas de faïence mais des terres vernissées, décorées avec des oxydes métalliques.
L’histoire des faïences de Nevers : au 16e siècle, on assiste à une recrudescence des manufactures de faïence à partir de l’Italie (majoliques). Les faïenciers italiens ligures s’installent à Lyon à partir de 1512 et à Nevers à partir de 1585 où ils sont venus retrouver les verriers d’Altare soutenus par le Duc de Nevers, Louis de Gonzague de la famille du Duc de Mantoue. Les manufactures de faïence vont donc être créées avec l’argent des verriers. Au démarrage de la production, l’influence italienne se marque par la création de bianchi di Faenza, une faïence blanche et peu décorée. Mais dès ce début, il faut souligner que la clientèle de cette production est aristocratique. Une famille marquante : les Conrade, Italiens, frères, cousins ouvrent des ateliers où travaillent des ouvriers locaux.
Ce qui a favorisé l’expansion des faïenceries de Nevers fut la construction du canal de Briare en permettant les transports de marchandises jusqu’en Hollande. En 1700, on compte 10 manufactures à Nevers (on ne peut guère du point de vue du nombre que la comparer avec Delft. Le 17e siècle est son âge d’or.
Les décors : incroyable diversité des décors ; n’oublions pas l’influence des romans de bergeries, les pastorales, les décors « chinois » : à partir de divers apports, il se crée un style propre, véritable caisse de résonance ; pour le chercheur, l’observation de la vie des images est d’une grande richesse (exemple : la transformation de la représentation d’un Chinois, peu à peu, en la représentation d’un paysan occidental bizarre). Le faïencier est le répercuteur d’un certain nombre d’influences.
Le goût de l’orientalisme se marque surtout de 1650 à 1720 dans ce qui est appelé la porcelaine de Nevers qui est , en réalité, une faïence avec un décor bleu.
Les fouilles, 14, rue du Singe à Nevers ont permis la découverte d’une 13e manufacture par son dépotoir qui contenait, dans les niveaux inférieurs, des essais de rouge.
Un métier de la faïencerie : l’emballeur de faïence qui utilisait des caisses en bois et de la paille jusqu’au 19e siècle. Une assiette de Nevers porte le dessin d’un emballeur. Cette spécialité est importante puisque les contacts avec les chercheurs d’outre-Atlantique montrent que l’on a retrouvé de la faïence de Nevers du Canada à la Guyane en passant par les Antilles. Cette faïence est donc un extraordinaire marqueur.
A la fin du 18e siècle, les manufacturiers privilégient la quantité par rapport à la qualité. La Révolution entraîne une crise et un déclin. Un renouveau au 19e siècle avec Antoine Montagnon qui développe la faïence « esthétique ». On peut dater la fin de ce renouveau à la mort de Montagnon en 1900.
Le Musée de la Céramique de Sèvres a monté une exposition très réussie sur l’histoire de la faïence et bien sûr les productions de Nevers y ont leur place. www.sevresciteceramique.fr
Jean Rosen a publié, en 2011, 4 volumes de , Edition Faton. Consulter http://www.faton-beauxlivres.com/
Commentaires et compléments personnels :
Une émission intéressante, une synthèse forcément succincte vue la durée de l’émission, faite par un scientifique encore passionné par son sujet.
Les faïenceries de Nevers qui perpétuent la tradition :
- Faïence d’Art de Nevers (fondée par Antoine Montagnon et encore dirigée par la famille Montagnon) 10, rue de la Porte du Croux 03.86.71.96.90
- Faïencerie Georges, 11, avenue Colbert. 03.86.61.09.12.
- Faïence Bleue, 22, rue du 14-juillet. 03.86.59.07.65.
L’office de tourisme de Nevers organise des visites : http://www.nevers-tourisme.com/
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